L'ivresse du pouvoir : un petit chabrol
Etonnante relation que celle qui lie le grand public (osons, ici, le nommer de la sorte) à Claude Chabrol : quelque chose qui tient du sado-masochisme inavoué. Misanthrope avant tout, Chabrol fait régulièrement voler en éclat le vernis d’une société française dont il est certainement l’un des meilleurs observateurs. Du coup, chaque « nouveau Chabrol » nous donne l’occasion de trouver sur l’écran ce que nous n’osons pas toujours voir de nous-même. Toujours intransigeant avec ses semblables, les nantis comme les plus misérables, le cinéaste fait indiscutablement partie des grands du cinéma français. Avec une quantité non négligeable de chefs-d’œuvre à son actif, il peut, aujourd’hui, à l’instar d’un Woody Allen, tout se permettre. Tout et surtout s’autoriser à enchaîner film sur film alors que voilà bien longtemps qu’il ne nous a pas offert un « grand chabrol ». Du coup, en voyant débarquer L’ivresse du pouvoir et son sujet en or relatant de façon à peine fictive les épisodes de l’affaire Elf, on se prend à rêver quelques instants à un grand film. Malheureusement il n’en est rien. Intelligent et particulièrement caustique dans ce qu’il donne à voir des comportements de nos dirigeants (politiques comme chefs d’entreprise), le film s’embourbe dans la réalité qu’il veut dépeindre. A trop vouloir coller à « l’histoire vraie », le film aligne une galerie de personnages inutiles (une caricature de Pasqua par-ci, une autre de Roland Dumas par-là) qui viennent parasiter l’ensemble et surtout empêcher certains personnages essentiels de bénéficier d’un traitement plus approfondi. Elf en toile de fond aurait suffi au trio formé par Huppert, son neveu et son mari pour donner un meilleur film. L’ivresse du pouvoir n’en demeure pas moins un bon divertissement et suffit à nous faire patienter jusqu’au « prochain Chabrol » dans l’espoir qu’il soit un « grand Chabrol ». Une mention spéciale tout de même à Patrick Bruel injustement oublié lors de la dernière cérémonie des césars pour la pire interprétation de l’année (Bruel pourtant souvent meilleur acteur que chanteur !!)