De mémoire de fan de rock, l’été a toujours été plus ou moins synonyme de « grands » concerts… Un peu comme si les artistes se passaient le mot pour se produire sur scène entre le 15 juin et le 15 juillet. Généralement sur Paris mais, ces dernières années, de plus en plus en province à l’occasion de festivals qui ont su se faire une place au soleil certains d’attirer quelques grosses pointures. Propice aux rassemblements en plein air, la saison permet de réunir des foules importantes là où le cœur vous en dit : stades de foot, champs de foire ou, pour ce qui nous concerne, grand prix de F1 et arènes romaines. Encore mieux que les jeux du cirque !! Pourtant, depuis quelques temps, à l’exception du titanesque concert du boss au stade de France en 2003, l’été ne rimait plus avec grand chose. Hasard des calendriers (il arrive que l’on préfère confirmer ses vacances à l’autre bout de la terre plutôt que de tout annuler pour assister à un concert des Stones…) ou faiblesse de la programmation, farniente et crème à bronzer semblaient l’emporter sur les décibels. Et là, coup sur coup, ou presque : Roger Waters, The Who et Roger Hodgson !! D’autant plus incroyable que de mon côté, à l’exception du concert de l’ex-leader du floyd, rien n’était planifié.
Annoncé il y a plusieurs mois le concert de Roger Waters à Magny-cours le 14 juillet à l’occasion du Grand Prix de France de Formule 1 avait de quoi inquiéter dans un premier temps. Pas d’album à promouvoir, aucune raison valable de partir en tournée à part pour damer le pion à David Gilmour et son On an Island tour, l’ancien bassiste du floyd se devait d’assurer. L’entame de Tony Joe white (seul avec un musicien sur scène pour jouer du blues : excellent !!) puis de Laurent Voulzy (forcément hors sujet bien que particulièrement pro) ne permettaient pas de donner le ton de la soirée. Tout au mieux de faire patienter avec talent (TJW) ou de faire passer l’orage (le concert de Voulzy s’est en grande partie joué sous la pluie).
Sublimé par une sono réellement quadriphonique et parfaitement réglée dès les premières mesures, « ein, zwei, drei... », d’In the Flesh, le concert de Waters a permis durant plus de 2h30 de toucher du doigt ce que devait être un concert du floyd de la grand époque : spatial, puissant, novateur. En véritable homme de scène (bien plus qu’un Gilmour), Waters, comme pour prouver à son public qu’il est et qu’il demeure la part la moins négligeable du flamand rose, a livré un show parfait de bout en bout. Setlist idéale augmentée d’un titre inédit, lightshow efficace sans être indigeste, images et films projetés derrière les musiciens créés uniquement pour la tournée. Dans une première partie, Waters, visiblement heureux d’être là, revisite assez longuement les grands albums du Floyd à l’exception de Dark Side qui sera joué intégralement en deuxième partie. A chaque fois ou presque, il joue plusieurs titres de chacun d’eux. The Wall tout d’abord : album le plus abondamment cité du concert et sur lequel il reviendra longuement en rappel, dans la dernière ligne droite du show. La force de l’interprétation des titres joués ce soir-là – 6 au total tout de même !! : In the Flesh, Mother, Another Brick in the wall, part.3, Vera, Bring the boys back home, comfortably numb - permet même de rêver qu’un jour Waters s’offre une tournée exclusivement consacrée à l’album. Set the control of the heart the sun vient rappeler les premières heures du groupe. Suit un long hommage à Syd Barret disparu en début de semaine avec 3 titres de Wish you were here (shine on you crazy diamond, have a cigar et wish you were here) puis c’est au tour de Final Cut de revivre. 2 titres sont joués qui réhabilitent pleinement un album boudé par les fans lors de sa sortie : Southampton Dock et The Fletcher Memorial Home. Perfect sense extrait d’Amused to Deat mais surtout Leaving Beirut, un morceau inédit en prise directe avec l’actualité viennent rappeler avec force que Roger Waters, depuis plus de 20 ans maintenant, c’est une carrière solo plutôt réussie, en plus de l’héritage du Floyd. Dédiée à George Bush et Tony Blair, la chanson augmentée d’un clip réalisé pour l’occasion fait mouche au niveau des paroles sans toutefois posséder une mélodie renversante. Il y a cependant fort à parier que si Waters l’enregistre en studio le résultat sera de toute beauté. A suivre… Vient alors l’heure de conclure de conclure le 1er set. Waters, comme à Bercy en 2002, s’autorise un crochet par Animals et Sheep doté d’un riff de guitare imparable. Le groupe fait alors un break avant de revenir jouer l’intégralité de Dark Side… Les battements de cœur résonnent durablement dans toute la plaine de Magny-cours et Speak to me donne le coup d’envoi d’un véritable son et lumière de 3/4 d’heure. La qualité de la sono atteint des sommets sur l’intro de time puis, un peu plus tard, sur Brain damage. Cerise sur la gâteau, l’interprétation de The Great Gig in The Sky, certainement le morceau le plus casse gueule du disque à jouer, est sublime. Interprété par l’une des 3 choristes, le morceau scotche tout le monde sur place. Waters, humblement ou intelligemment (c’est selon) ne chante que très peu. Il assure la basse et le lien avec le public. L’album original laissait la part belle au chant de David Gilmour ici remplacé par les différents membres du groupe avec une certaine réussite à l’exception d’Us & Them où le début du morceau cafouille un peu. En bout de course, c’est bien Waters au chant qui apporte la touche finale à ce grand moment de musique en entonnant Eclipse et son refrain : Everything under the sun is in tune... Les rappels font la part belle à The Wall et à des effets pyrotechniques du meilleur effet. Les lumières se rallument… the show is over. Après avoir célébré la prise de la bastille à sa manière en composant Ca ira avec son ami Roda Gil, Waters a fait de ce jour de fête nationale un jour de fête de la musique.
votre serviteur et deux amis
(voir également le témoignage "vidéo" dans le post "Waters capturé live")
Deux jours plus tard, à peine remis de mes émotions, j’achète le Rock & Folk de l’été avec… le Floyd en couv ‘! Et là, avant d’attaquer le dossier consacré aux Floyd, je tombe sur une chronique du concert donné par les Who à Leeds quelques jours plus tôt. Le groupe a l’air en forme et les vieux se portent bien : McCartney et le boss ont sorti de très bonnes galettes cette année, Gilmour et Waters ont fait de belles tournées; Je suis à 200km de Vienne où le groupe joue le lendemain. Ultime vérification : il reste des places; c’est décidé, j’y serai !
Vienne : ses embouteillages en bordure de Rhône, son théâtre antique. Un théâtre qui vit au rythme de toutes les musiques durant les mois d’été. Le jazz début juillet, le rock et son festival « les côtes du rock » dont les Who font, cette année, l’ouverture puis, plus tard dans le mois, l’événement avec un concert unique de David Gilmour.
A peine arrivé dans la fosse, le temps que les premières parties s’avancent, je discute longuement avec mon voisin. Il a un tee-shirt estampillé « Waters / Magny-cours ». Le monde du rock est petit et nos avis convergent : Waters était en très grande forme. Les premières parties se succèdent. L’un des groupes à l’affiche est une émanation de The Jam (sans Paul Weller cependant). C’est pas mal, typiquement british mais très vite oublié. La nuit s’avance et Pete Townsend monte sur scène. Et là, trois jours à peine après la claque de Magny-cours, re-claque : en deux accords, un riff imparable, la messe est dite. Pete Townshend, Roger Daltrey, John Bundrick au Piano, Pino Palladino à la basse et le digne successeur de Keith Moon à la batterie, le fils de Ringo le beatle, Zak Starkey. … bref les Who en 2006 en ont encore sous la pédale. Ils attaquent le concert sur les chapeaux de roue. Jusqu’à un certain point, c’est sûr, l’âge ne compte pas. Le talent et, dans le cas de Townsend, le génie font la différence. La voix de Daltrey a beau ne pas toujours être à son meilleur, Townsend a beau être sourd comme un pot, le groupe livre d’emblée 5 morceaux d’anthologie : I Can't Explain, The Seeker, Anyway Anyhow Anywhere, Who Are You, Behind Blue Eyes. Dans la fosse, ça saute, ça chante et, pour les plus jeunes (à vue d’œil quelques-uns sont encore en quête de majorité), ça pogotte. Il faut dire que la puissance de frappe de Zak Starkey alliée aux riffs de Pete Townsend déménagent. Plus de 40 ans après leurs débuts et malgré toutes les épreuves que le groupe a traversé (décès de Keith Moon et John Entwistle), les Who ont su garder intacte cette sauvagerie qui les a rendu célèbres auprès des punks à la fin des seventies. Un détour par du matériel plus récent mais tout aussi pertinent, Real Good Looking Boy, comme pour prouver à ceux qui douteraient que le groupe n’a pas encore rendu les armes. Que les Who, au même titre que les Rolling Stones, sont bien plus qu’un vestige du passé. Seuls grands survivants des groupes des années 60 avec les pierres qui roulent, ils semblent avoir retrouver la flamme qui leur a tant fait défaut durant les années 80/90. Greyhound Girl vient rappeler quel chef d’oeuvre encore plus grand (le plus grand de tous ?) aurait pu être Who’s next s’il n’avait pas fini dans la forme simple que l’on connaît mais sous la forme du double inachevé et maudit : Lifehouse. Le Smile des Beach Boys version Townsend. Décidément très en confiance et surtout ravi d’être là (et, ma foi, cette joie m’arracherait presque des larmes : ce mec est d’une humilité et d’une simplicité rare pour quelqu’un qui a pondu tant de joyaux, joué aux côtés d’Hendrix, tutoyé les plus grands…c’est bô !), Townsend présente l’album Wire & Glass, mini opéra à paraître cet automne et dont des titres sont déjà disponibles sur le net. Un disque sur sa jeunesse à Londres dans les fifties, en extrait un morceau qui s’appelle Mike Post Theme et qui parle de l’influence qu’a eu Elvis sur leur musique avec une citation musicale de Can’t Help falling in love. Durant la dizaine de minute que dure le morceau, Townsend enfile un casque désireux d’apporter le plus grand soin à sa nouvelle œuvre. Moins sauvage que certains morceaux phares du groupe, la chanson laisse néanmoins espérer un bon disque. Inespéré il y a encore quelques mois !!
Baba O'Riley et sa boucle hypnotique nous ramène 35 ans en arrière. Interprétation sans faute de ce chef d’œuvre, moulinets et sauts de Townsend en prime. Petite baisse de régime ensuite mais pas de décrochage sérieux : Naked Eye, Relay, You Better You Bet remplissent leur mission mais n’atteignent certainement pas ce qui a précédé ni ce qui va suivre. Car la fin du concert s’apparente à un best of du best of. Le meilleur des Who en quelques morceaux : My Generation et Won't Get Fooled Again. Deux chansons en forme de rouleau compresseur pour conclure le 1er set avant de revenir pour un rappel de longue durée. Ca redémarre par Substitute avant d’offrir un long détour par Tommy à un public ravi : Pinball Wizard, Amazing Journey, Sparks, See Me Feel Me comme à la grande époque ! Au final un concert d’un peu moins de 2 heures mais quel concert !! Qu’on se le dise : les Who sont de retour.
Townsend heureux de retrouver son public
Les choses auraient pu en rester là mais le principe du jamais deux sans trois n’aurait pas pu s’appliquer. De passage par une fnac quelques jours plus tard, j’aperçois au rayon billetterie une sorte d’affiche improbable annonçant un Tennis-concert-Arena avec en guest Leconte et Wilander à la raquette et… Roger Hodgson LA voix de Supertramp le 27 juillet aux arènes de Béziers ?? Ca tombe bien mes vacances doivent se prolonger du coté de Montpellier. Aucun besoin d’une carte de France pour deviner qu’il y a peut-être un coup à jouer. Renseignement pris sur le coût d’une place et le concept (30 euros pour voir Hodgson à partir de 22h à l’issue du Tennis). Ca laisse même le temps de prendre tranquille l’apéro ! Le jour dit je suis donc devant une scène installée le long d’un cours de tennis. Les joueurs ont fini leur partie et mis à part un Steinway et un keyboard Korg ainsi que 2 pieds de micros, la scène est déserte. Le seul problème est que la fosse l’est tout autant ou presque. Nous sommes une trentaine maximum regroupés devant le micro, le reste du public ayant préféré rester assis dans les tribunes des arènes malgré des appels répétés du speaker pour tenter de convaincre un maximum de personnes de se déplacer pour faire honneur à l’ancienne star qu’est Hodgson. J’avoue être partagé entre le délice de faire partie des happy fews et la honte d’accueillir ainsi un gars qui a quand même vendu plusieurs millions de disques. Mes craintes se dissipent rapidement : non seulement Hodgson n’en prend pas ombrage mais après avoir relevé avec humour qu’il avait à faire à une « intimate crowd », il entame le concert par Give a little Bit seul à la guitare puis s’assied au piano pour jouer take the long way home. La voix est intacte, peut-être même encore plus belle qu’à la grande époque du groupe. Une grande partie du public réalise peut-être à cet instant que cette musique qu’il entend fait partie de la bande-son de tous les jours. Qui n’a pas entendu au moins une fois dans sa vie un morceau de Supertramp ! Du coup, le public rapplique d’abord un peu puis massivement pour faire de cette soirée un moment d’exception. Une sorte de concert privé. De mon côté, je savoure chaque chanson. Pour avoir vu quelques fois le groupe sans Hodgson il y a quelques années (20 ans déjà !), je prends vite conscience qu’Hodgson n’était pas seulement la voix et/ou le piano des super-clodos, il en était l’âme. Même si son look a de quoi faire rire ou sourire, l’humanité de ses textes et de sa musique est contagieuse. En pleine possession de ses moyens, il se fait plaisir et fait plaisir à ses quelques fans qui ont fait le déplacement parfois depuis assez loin (quelques espagnols sont là) en leur demandant de choisir pour lui les chansons qu’il va jouer. Et là, contrairement à ces concerts où l’artiste invite le public à piocher dans son répertoire mais sait déjà la chanson qu’il va jouer ensuite, Hodgson se laisse guider par les premiers rangs. Rosie crie l’un des spectateurs (extraite d’Indelibly Stamped) et Hodgson s’exécute. Idem après avoir joué l’entame de l’album Crisis What Crisis : easy does it (sifflé par le public) et Sister moonshine ; quelqu’un réclame The meaning et l’obtient aussitôt. Accompagné d’un saxophoniste, Roger Hodgson présente un répertoire retravaillé pour ces versions solos. La musique de Supertramp semble miraculeusement moins lourde qu’elle ne l’est parfois devenue au fil des années : elle est tout simplement vivante. Elle vit avec et en Roger Hodgson. Deux titres solos : Lovers in the wind, splendide ballade, extraite de son excellent 1er disque solo, in the eye of the storm et un inédit, Oh Brother sonnent plus supertramp que tous les supertramp qui ont suivi son depart. S’appuyant essentiellement sur un répertoire extrait de Breakfast in america, crisis, even in the quietest moments et famous last words hodgson va jouer pour notre plus grand bonheur : hide in your shell, the logical song, dreamer, it’s raining again, don’t leave me now, two of us, school, breakfast in America, lord is it mine (qu’il présente comme sa préférée de Supertramp). Le public, conquis à la force du poignet, chante les refrains. Le concert se termine et le temps reprend son cours. Il avait suspendu sa course durant 1 h 40. Two thumbs up comme disent parfois les critiques anglo-saxons. Chapeau bas l’artiste.
Roger Hodgson en solo à Béziers
Commentaires