Dimanche 26 novembre 2006
A l’instar de tous les films qui génèrent une attente démesurée, le Dahlia Noir de Brian De Palma ne pouvait que décevoir. Ou alors on aurait tenu là le plus grand film de tous les temps et ça se saurait. Décevant donc le Dahlia l’est mais force est de reconnaître qu’il ne l’est qu’à l’aune du chef d’œuvre d’Ellroy. Il n’est pas non plus, loin de là, le divertissement auquel chaque spectateur qui débourse quelques euros pour s’engouffrer dans une salle obscure est en droit d’espérer lorsqu’il va voir un polar.
Bucky, Kaye et Lee : un parfum d'innocence avant la trahison
En écrivant ce livre dans lequel il jetait toutes ses obsessions sur papier, James Ellroy livrait le meilleur polar de tous les temps ou peu s’en faut : intrigues vertigineuses à tiroirs, personnages torturés, obsédés, en prise avec leurs démons personnels, condamnés à souffrir ou mourir pour accéder à une éventuelle rédemption. Bref, le genre de livre qu’on ne peut pas oublier, ni même jamais vraiment refermer une fois qu’on a commencé à le lire. Du coup, l’annonce d’une adaptation cinématographique par De Palma ne pouvait que faire rêver. Il est certainement l’un des derniers cinéastes avec Scorcese et peut-être Friedkin à filmer pour lutter contre ses propres démons.
Le seul problème mais de taille, c’est que les démons de De Palma ne sont pas ceux d’Ellroy. Chez l’un, Ellroy, tout tourne autour du meurtre de sa mère, chez l’autre, De Palma, autour d’une scène gravée à jamais dans sa mémoire : celle d’un père infidèle pris la main dans le sac par son fils adolescent.
Résultat : De Palma s’approprie une histoire au point de tourner le dos à l’original pour faire de son Dahlia un objet qui trouve une place naturelle dans sa filmo mais qui n’a plus rien à voir avec le livre d’Ellroy. Déception donc pour le lecteur averti. Plus d’honnêteté aurait constitué à intituler le film Brian De Palma’s Black Dalhia. Mais cela aurait coupé le film d’un potentiel de spectateurs qui fait si cruellement défaut à De Palma depuis des années. De fait, ainsi remanié, le film ne retient du livre que sa structure complexe et ses personnages devenus, ici, des figures de style plutôt que de véritables « héros » de celluloïd, l’ensemble visant à illustrer encore et encore cette fameuse trahison si chère à De Palma. Comme le personnage de Snake Eyes ou celui de Mission Impossible, j’en passe et des meilleurs, le flic du Dahlia, Bucky Bleichert (Josh Hartnett), trouve son père spirituel en la personne de Lee Blanchard (Aaron Eckhart). La trahison de l’un propulse l’autre dans un abîme de souffrance dont il ne pourra s’extraire qu’au prix fort et après avoir semé la mort autour de lui. Ainsi décrit, le film, bien que contraire à la logique Ellroyenne pourrait conserver un certain attrait pour le grand public. Ce serait oublier que De Palma n’a jamais été un grand conteur. Il démontre plus qu’il ne raconte et se sert de ses personnages comme un peintre se servirait de couleurs. Son Dahlia noir flirte avec l’abstraction. Telle scène en chasse une autre et trouve sa justification seulement si l’on considère le film comme une ode au mensonge. Un poème morbide qui ne dit qu’une seule chose : tout n’est que mensonge. Tout le monde trompe tout le monde. Seul le Dahlia, filmée en noir et blanc et guidée par une voix-off qui n’est autre que celle de De Palma lui-même, semble dire la vérité à la caméra.
Une fois tout cela admis on peut regretter que De Palma n’ait pas cherché à développer un projet plus personnel plutôt que de se mettre sur le dos un récit aussi dense que le livre dont il s’inspire. Du coup, le film s’offre un dernier ¼ d’heure mené tambour battant pour recoller au récit d’origine. Le résultat est forcément bancal et on sent bien que le film aurait pu durer une heure de plus sans rien perdre de sa superbe. Et comme il est peu probable qu’une version collector Dvd voit le jour, The Black Dahlia, à l’instar de Dune de D. Lynch (autre grand livre sacrifié sur l’autel d’Hollywood) viendra rejoindre la longue liste de films où l’on peut se demander ce qu’il en serait sorti si le film avait duré 2 heures de plus. On ne le saura jamais. En attendant dire que le Dahlia Noir fera date dans la filmo de De Palma serait exagéré mais il ne jure pas non plus avec l’ensemble et c’est déjà beaucoup. Pas forcément chef d’œuvre, le film se situe dans le haut du panier cinématographique de l'année 2006.
Véritable succès au box office Borat répare l’injustice des échecs relatifs au cinéma de Team America et South Park, le film. Car c’est bien de ce côté là de l’humour qu’il faut chercher. Rien à voir donc avec Michael Moore comme on a pu le lire ici et là, le film de Sacha Baron Cohen éborgne l’amérique avec autant de force et de mauvais goût que le faisaient avant lui Trey Parker et Matt Stone. Borat est un must d’humour noir qui décape. A voir impérativement.
Love is all we need, all we need is love. Le projet de remixer l’oeuvre des Beatles à la sauce 5.1 avait de quoi inquiéter. Entre les mains de Sir George Martin le résultat, comme tout ce qui touche au fab four depuis leur début, est vertigineux. Certes il n’apporte rien de nouveau comme le faisaient par exemple les Anthology mais il offre une relecture pertinente de plus d’une vingtaine de titres des 4 de Liverpool. Argument principal du projet, l’entrée par le son est ici loin d’être un simple gadget quant on sait qu’une grande partie de la réussite des disques des Beatles repose sur les trouvailles sonores permanentes que s’autorisaient George, Paul, John et Ringo toujours prêts à repousser plus loin les frontières du mono puis de la stéréo. Aujourd’hui et depuis longtemps déjà, les disques semblent tous produits de façon monocorde. Impossible de distinguer l’enceinte gauche de la droite. Le mix est frontal et ne semble jamais vouloir profiter des merveilles que la technologie permet. Ce lifting façon home cinema que propose Love permet de retrouver ce plaisir auditif propre aux Beatles. Le son surgit tantôt à gauche puis à droite. Pour s’apprécier le disque doit s’écouter d’une seule traite. On se retrouve alors au cœur de la folie à London et des scarabées qui chantent. La nostalgie n’a jamais paru autant d’avant-garde.
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